20/06/2010
La fête des bateaux-dragons Par Sylvie T.
le 20/06/2010 16:16
Voilà comment l’on raconte en Chine l’origine de la légende de la fête des bateaux-dragons qui remonte à la fin de l’époque des Royaumes Combattants (476-480 à 221 avant JC).
Cette histoire donne lieu aujourd’hui à deux toutes sortes de réjouissances (mais à aucun jour de congé payé !) : d’une part, les zongzi (prononcer tsong tse) ou gâteaux de riz glutineux fourrés souvent de pâte de haricot rouge et en forme de triangle, emballés dans une feuille de bambou elle-même maintenue par un pique en bois ; d’autre part les joutes nautiques entre jeunes hommes sur les fameux bateaux-dragons qui symbolisent la recherche du corps du défunt.
Le très beau roman le Passeur du Chadong de Shen Congwen (vous le trouverez traduit en français dans la collection Albin Michel) raconte comment la jeune et innocente Emeraude qui vivait avec son grand-père passeur de rivière et leur chien est tombée amoureuse du frère cadet Nuosong lors d’une fête des Bateaux-Dragons. Mais quand jalousie, mort et suicide s’en mêlent, une belle et simple histoire d’amour ne peut pas déboucher sur un bonheur parfait…
Cette fête est célébrée tous les ans en Chine le 5e jour du 5e mois lunaire (appelée de ce fait duānwŭjié, la fête du double cinq), selon le calendrier agraire traditionnel. Elle est tombée cette année le mercredi 16 juin 2010.
sylvie@anne-et-vous.com
| Il était une fois le grand poète patriote Qu Yuan, qui, non écouté à la cour, préféra se noyer par honneur dans le fleuve Miluo plutôt que de perdre la face. Les habitants des environs, fort attristés par cette nouvelle, jetèrent du riz au fond de la rivière pour nourrir les poissons. Ils voulaient à tout prix éviter que le corps du grand maître fut dévoré par les habitants du monde liquide. | ![]() |
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21/05/2010
La magie de l'écriture chinoise Par Sylvie T.
le 21/05/2010 13:57
Langue monosyllabique, le chinois est mathématiquement limité en termes de combinaisons de sons (un son = un caractère et aussi théoriquement un mot, même si dans la pratique un mot est généralement composé de deux caractères). Adjoindre des tons permet d’accroître les possibilités. Mais là encore, avec quatre tons, elles sont rapidement saturées. C’est ainsi qu’on peut expliquer la multiplicité des sens associés à un même son et un même ton pour une graphie unique. Si nous revenons au wén cité plus haut, j’ai répertorié dix significations dans un dictionnaire avec notamment : 1/ lignes ou veines ; 2/ idéogrammes ; 3/ écrit ou texte ; 4/ composition littéraire ; 5/ culture ; 6/ élégant, raffiné, civilisé.
Comment se fait-il que « civilisation » et « langue » soient intrinsèquement liés ? Inventée sous la dynastie des Shang (1600-1050 avant JC), la graphie chinoise est née est de la nécessité de mettre par écrit les résultats des interrogations que les souverains de l’Antiquité adressaient à leurs ancêtres défunts avant de prendre une décision importante. Les premiers caractères, très imagés, ressemblaient généralement aux choses décrites comme on peut le constater par exemple pour les mots cheval, montagne ou eau. C’étaient des pictogrammes devenus ensuite des idéogrammes.
Les oracles provoquaient, par l’application d’un tison en un point sur les os des animaux sacrifiés, des craquelures qui représentaient à la fois la réponse à la question posée et un modèle pour l’écriture. Pourquoi donc un modèle pour l’écriture ? Ces lignes apparues étaient en effet similaires aux veines de la terre pour les praticiens du fengshui ou aux méridiens du corps pour les adeptes de l’acupuncture. Toutes les disciplines sont dépendantes les unes des autres dans la pensée traditionnelle chinoise. Langue et culture étaient ainsi liées dès l’origine.
La richesse de la langue chinoise aux multiples possibilités de sens permet des lectures à plusieurs niveaux et en conséquence aussi un raffinement intellectuel. L’être civilisé chinois, à l’opposé de notre vision occidentale (civilisation vient de polis, la cité, en grec), était être capable de lire les tracés de l’univers. Le lettré chinois apparu bien plus tardivement est l’exemple même de l’homme civilisé. Son élégance culturelle le pousse à lire et composer poèmes et peintures. L’art du pinceau occupe le centre de son existence. Langue et culture ont continué de s’enrichir mutuellement dans l’Empire du Milieu.
Au-delà des profondes racines identitaires, l’écriture chinoise permet de donner à voir le monde. Pas étonnant que les 50 millions de Chinois de la diaspora soient tellement attachés à leur langue écrite, laquelle soit dit en passant résiste sans effort aux assauts d’Internet et de l’informatique. De nos jours, nombre d’Occidentaux pour parler rapidement le chinois et limiter leurs efforts se refusent à apprendre l’écriture. Maintenant vous comprenez pourquoi je pense que c’est une aberration. Seul un barbare, un être non civilisé au sens chinois, peut commettre une telle erreur !
sylvie@anne-et-vous.com
| Savez-vous que langue et culture ne font qu’un en Chine ? Cette phrase, d’apparence banale, recèle en fait le véritable fond de civilisation… du quart de l’humanité ! Alors que je me passionne pour la langue chinoise depuis de nombreuses années, il ne m’est apparu que très récemment le fait que « civilisation » et « langue » ou wén (prononcer ou-èèè-ne) sont dans nos langues occidentales les deux versions d’un même concept en chinois. | ![]() |
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01/04/2010
Les coiffeurs en Chine Par Sylvie T.
le 01/04/2010 13:27
Je me trouvais dans une petite ville (enfin, tout est relatif en Chine, à peine deux millions d’habitants) de la province du Shandong quand l’idée m’est venue un beau matin de rafraîchir ma coupe. J’ai pris de nombreux renseignements sur le vocabulaire approprié et écrit une liste de mots clefs. J’ai aussi demandé à une jeune fille locale de m’accompagner. J’avais pris soin de bien lui expliquer à l’avance ce que je voulais afin qu’elle fasse le lien avec le professionnel. En Chine, c’est une précaution fort utile.
Bien préparée, j’explique clairement à la coiffeuse ce que je voulais en répétant mes propos à de nombreuses reprises pour éviter tout malentendu. Pour finir de rassurer la jeune professionnelle, je lui conseille de regarder comment la coupe était faite et de simplement un peu raccourcir sans rien chercher à inventer ou créer. « Copier, les Chinois savent bien faire » pensais-je.
« Voulez-vous que je vous lave les cheveux ? » me demande la coiffeuse. Quelle drôle d’idée. Bien sûr que je veux qu’elle me lave les cheveux ! Ah, ces Chinois, toujours prêts à faire des économies. Puis voilà que la professionnelle se met à sécher mes cheveux avant la coupe. Mes mèches souples s’envolent. Comment va-t-elle réussir à faire une coupe propre et régulière ?
Je répète de nouveau mes souhaits et prodigue de nombreux conseils pour aider la coiffeuse, puis décide d’arrêter de la « stresser ». Les mèches tombent doucement au sol quand tout d’un coup je me rends compte qu’elle a pris un rasoir pour désépaissir les pointes de mes cheveux. Horreur ! Ceux-ci plutôt fins vont avoir l’air de « queues de rat » si elle continue ! Je lui demande d’arrêter immédiatement. L’effet est désastreux : un côté tout amaigri, l’autre un peu moins et des hauteurs différentes. Mama mia ! « Etes-vous contente ? » ose-t-elle me demander. La réponse est claire, non ? « Ca va, ça va ». Pas la peine de lui faire en plus perdre la face. Je paie et m’en vais en courant.
Rassurez-vous, dans les très grandes villes où techniques professionnelles sont mieux enseignées et étrangers plus nombreux, ce genre de problème a moins de chance de survenir. Quelques galons d’expérience de la Chine en plus, je me suis rendue quelques années plus tard dans un salon « tout chinois » à Shanghai, néanmoins à la surprise générale des employés peu habitués à voir débarquer des étrangères. Deux heures de travail soigné pour shampooing, mèches décolorantes, coupe rafraîchissante, brushing accompagné de l’incontournable (et délicieux !) massage de la nuque. Ah, quelle différence !
sylvie@anne-et-vous.com
| Mon coiffeur, pourtant un professionnel chevronné issu de la pure tradition française, disait régulièrement qu’il était mal à l’aise quand il devait coiffer les cheveux asiatiques. « Ce sont comme des fils de nylon qui font ressort élastique sous mes ciseaux. J’ai beaucoup de mal à les couper ». L’inverse est certainement vrai. J’aurais dû m’en souvenir quand j’ai poussé la porte d’un salon en Chine. | ![]() |
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08/03/2010
Heureuse année du Tigre de Métal ! Par Sylvie T.
le 08/03/2010 17:51
Le sage chinois, tel le vieux maître taoïste, voit poindre les germes du printemps alors que nous, Occidentaux, prétendons être encore en plein hiver. Le yang remonte déjà imperceptiblement dans l’état yin dominant de l’hiver. La fleur de prunier, une des premières à étaler ses pétales, représente symboliquement ce passage.
Quoique les prédictions ne soient plus tellement à la mode dans une Chine qui se targue de développement économique (sauf peut être pour prédire si l’année sera favorable au mariage ou à la naissance de son enfant), le nouvel an demeure la fête traditionnelle la plus célébrée dans l’Empire du Milieu.
A Shanghai et dans les grandes villes de la Chine moderne, la famille ne se réunit plus guère que pour le réveillon. Tout le monde prépare ensemble et mange autour d’une table ronde, symbole de l’unité, dans le nord des jiaozi ou raviolis qui ont la forme d’anciens lingots d’argent et dans le sud des niangao, symboles de prospérité de par leur sens de « plus haut tous les ans ». Cette fête sert aussi de prétexte à préparer 20 à 30 mets tous aussi délicieux les uns que les autres. Pas de dinde aux marrons version locale. Seul le plat de poisson, symbole d’abondance par jeu d’homophonie, a encore la faveur des modernes.
Après le repas, les familles aiment regarder les programmes que les innombrables chaînes de télévision du pays ont concoctés pour le réveillon. A trois périodes pendant ces quinze jours de fête, c’est un concert de pétards et de feux d’artifice qui font la joie des petits et des grands. Je me souviens d’être rentrée tardivement du bureau un soir et de courir de trottoir en trottoir pour éviter des masses sombres que des enfants rieurs déposaient avant de se sauver à toute allure.
Ces « baozhu », ou bambous qui éclatent, portent le nom évocateur du craquement sec d’un bambou sous l’effet du feu. Il est l’ancêtre du pétard avant l’invention de la poudre il y a peut être 2 000 ans.
Côté traditions, les enveloppes rouges (ou hongbao) sont encore très distribuées par les anciens aux petits enfants et par le patron à ses employés. Les familles nettoient à fond leurs demeures pour accueillir le printemps et achètent des sous-vêtements rouges, couleur du bonheur. Je les ai vus sécher sur des fils de fortune en pleine rue dans les quartiers traditionnels de Shanghai…
Les festivités prennent fin le 15 jour du 1er mois lunaire avec la fête des lanternes : la pleine lune fait de nouveau son apparition après le Nouvel An et symbolise la famille réunie, pierre angulaire de la société chinoise. On mange des yuanxiao ou boulettes de riz glutineux qui donnent leur nom aussi à ce dernier jour de fête. Derniers pétards, derniers feux d’artifices, adieu l’hiver, bonjour le printemps et vite, vite la reprise du travail. Gagner de l’argent et réussir dans la société sont les deux motivations principales des Chinois ; on ne peut donc pas s’attarder trop longtemps à la fête.
sylvie@anne-et-vous.com
| Le 14 février dernier, Chinois, Viêtnamiens et Taïwanais ont célébré leur Nouvel An, la Fête du Printemps. Après le Buffle de Terre en 2009 nous sommes maintenant entrés dans l’année du Tigre de Métal. Selon le calendrier lunaire qui a rythmé la vie des paysans pendant des millénaires, cette fête marque la fin de l’hiver et le début d’un nouveau cycle. | ![]() |
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11/02/2010
Massage, prostitution et médecine chinoise Par Sylvie T.
le 11/02/2010 08:53
Un de mes amis anglo-saxons dans une petite ville du Shandong était invité au restaurant par des relations chinoises. A un moment du repas, on lui demande s’il voulait du poulet ou du canard. Etonné, il ne sait que répondre car tous les plats étaient déjà servis. En fait, quelqu’un lui a expliqué de façon détournée, comme toujours en Chine, que poulet, mot homophone avec prostituée, signifiait qu’il voulait bénéficier des services d’une prostituée alors que canard homonyme de jeune pousse, bourgeon indiquait qu’il préférait se distraire avec un jeune homme…
Au-delà de ces quelques dérives, massage et médecine chinoise sont intimement liés. On traite un patient afin d’éviter qu’il tombe malade, car une maladie est l’expression d’un déséquilibre interne. Un bon médecin devrait ainsi traiter ses patients de manière préventive, mais la réalité est bien différente. Nombre de personnes consulte après l’apparition des premiers symptômes.
Auprès de l’acupuncture, de la pharmacopée et des moxas, le massage ou tuina (pression par les doigts) est l’une des quatre méthodes de traitement de la médecine chinoise. A l’arrivée en Chine depuis l’autre bout de la planète, un massage traditionnel vous remet sur pied rapidement . Mais rien de sensuel, on vous appuie en effet fortement sur votre corps encore tout habillé.
On peut généralement choisir entre le massage complet du corps version chinoise, un massage japonais (shiatsu) ou un simple massage des pieds avec tout le protocole préalable de trempage de nos petons dans un bac d’eau très chaude et parfumée avec une poudre magique. Quand on a la chance de tomber sur un établissement avec des masseurs aveugles ou malvoyant, la prestation s’avère souvent bien plus agréable et efficace.
Lors de mon passage à Pékin en décembre dernier, j’ai eu envie d’un de ces bons massages traditionnels dont mon emploi du temps surchargé ne m’avait pas encore permis de bénéficier. Je trouve donc un des ces établissements dans les hutong de la capitale. Me voilà partie pour un massage de pieds.
J’engage la conversation avec le jeune homme, très sympathique du grand nord de la Chine. C’était tellement bien que je décide d’ajouter un massage du dos. Mais la force de la jeunesse conduit à m’appuyer un peu trop sur corps. Aïe, ouïe, ça fait mal ! Non, non, c’est bon pour ma santé ! Je ne veux pas avoir l’air douillette.
Il me trouve très fatiguée (ce qui était en effet le cas) et me conseille un « traitement » pour m’aider à récupérer. La curiosité me pousse à découvrir cette méthode. Mais voilà que l’impudent se met à racler mon dos avec une sorte de chausse pied en corne. La circulation du sang est certes activée, mais la sensation est assez désagréable.
Puis le voilà qui cherche ses « pots de yaourts » en verre. Je vois la flamme arriver proche de la verrine ovale et commence à m’inquiéter. En deux coups de cuiller à pot, me voilà le dos couvert de ces boursouflures de verre qui compriment ma peau. Heureusement le supplice finit par se terminer quelques minutes plus tard. Et en plus, je n’ai pas le droit de prendre de douche pendant au moins 8 heures… Je paie la somme de 22 € pour cette prestation de plus de 2 heures et rentre me coucher.
Quelle n’est pas alors ma surprise de découvrir mon dos décoré de tâches violacées ! Il aura fallu en tout une semaine pour que ces traces disgracieuses disparaissent complètement. Et ma santé ne s’est pas améliorée pour autant avec ce traitement de choc ! Morale de l’histoire, mieux vaut en rester aux massages traditionnels pour se détendre et se rendre chez un médecin chinois en cas de problème de santé. A chacun sa spécialité !
| Dans l’Empire du Milieu, les salons de massage sont omniprésents dans les villes moyennes et grandes. En effet, se maintenir en bonne santé est le credo de tous les Chinois. Même si la majorité des établissements est tout à fait recommandable, il faut se méfier parfois en province de ne pas tomber dans un lieu de prostitution (souvent faciles à repérer par une devanture minable intitulée « coiffeur » où des filles lascives papotent entre elles sans réelle activité. | ![]() |
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07/01/2010
Le bonheur subtil du thé chinois (deuxième partie) Par Sylvie T.
le 07/01/2010 09:15
Si les modes de consommation du thé ont radicalement évolué au cours de l’histoire chinoise, ce breuvage n’en demeure pas moins très apprécié et consommé par la majorité de la population.
Longjing ou puits du dragon, le prince des thés verts, Bilochun dont les feuilles dansent si gracieusement dans les tasses en verre… Ah, que d’émotions ! Toute la réputation de la Chine contenue dans ces quelques noms. Champion mondial de la production de thé, l’Empire du Milieu affiche au hit parade de sa production justement le thé vert.
L’amateur occidental, avide de nouveautés, risque d’être déçu par le thé blanc : nos palets ne parviennent pas à déceler les notes délicates et subtiles d’un tel breuvage réservé à l’origine à la consommation impériale.
Je n’ai jamais réussi à voir ni à acheter du thé jaune. Cela a toujours fait rire les marchands auxquels je me suis adressée. La production serait si infime que la vente resterait cantonnée aux zones de fabrication, quelques provinces méridionales.
Citons encore le thé rouge que nous traduisons en thé noir dont le goût n’est en rien similaire aux thés indiens si familiers et les thés noirs, appelés ainsi pour leur couleur sombre résultant d’un processus de fermentation. Le plus célèbre ambassadeur se nomme Pu’er, thé en brique au goût très particulier, originaire du Yunnan.
Mais à mes yeux, la Rolls Royce des thés chinois c’est le wulong (généralement orthographié sous son ancienne transcription : oolong). Le « dragon noir » est aussi mystérieux que ses techniques de production et le raffinement complexe de son goût. Le déguster est comparable au plaisir de découvrir un vieux Bourgogne grand cru. Breuvage semi-fermenté aux notes subtiles, sucrées et parfois amères, il a une longueur en bouche impressionnante. Originaire de la province du Fujian, il possède à mon avis ses meilleurs crus sur l’île voisine de Taïwan.
Que choisir ? Le Tie Guan Yin (déesse en fer de la miséricorde), les prestigieux Oolong Fancy et Oriental Beauty ? J’ai, pour ma part, un faible pour le Renshen Wulong de Taïwan, un thé parfumé au ginseng qui, de bonne qualité, donne au breuvage un goût intense et sucré absolument inoubliable. La feuille de thé repliée sur elle-même en une petite boule se déroulera sous l’effet de la chaleur et l’humidité de l’eau.
Pour les thés de meilleure qualité, notamment ceux avec l’estampillage « haute montagne » (Gao shan), vous pourrez observer non pas seulement une feuille, mais l’extrémité toute entière de l’arbrisseau avec une petite ramification ! Sa puissance gustative est telle que vous pourrez faire infuser vos feuilles entre 4 et 10 fois sans obtenir un jus dépourvu de saveur.
Le meilleur moyen pour découvrir le wulong est d’aller faire un tour dans une maison de thé, où la population aime se retrouver entre amis pour jouer, discuter et grignoter de petits plats. Les serveuses en Chine continentale vous feront la cérémonie du Gong Fu cha, la seule démonstration de dégustation encore en vigueur dans tout le pays et qui ne ressemble en rien à la cérémonie du thé japonaise.
Ce parcours initiatique des cinq sens vous fera revivre le mode de vie raffiné des lettrés d’autrefois. Si vous évoluez dans cette Chine si avide de modernité et de technologie, vous comprendrez tout d’un coup le sens de l’expression littéraire wu xin (atteindre l’éveil) souvent associée à la dégustation du thé : 5 000 ans d’histoire et de culture vous ont rattrapé et ouvert la voie à un autre monde de bien être et de subtilités.
| Quand on a 25 ans en Chine, boire un café chez Starbucks (joliment traduit en Xin ba ke, l’étoile Ba ke) ou autre chaîne concurrente, ça fait évidemment branché. Je me souviens de certains de mes étudiants d’alors qui exhibaient des pots de café en poudre sur leurs bureaux. Nous n’étions pas dans une grande ville, mais dans une petite bourgade de 2 millions d’habitants dans le sud du Shandong ! A bas les arts martiaux, le thé chinois et la calligraphie, vive les mangas japonaises, le café et la peinture occidentale ! | ![]() |
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16/11/2009
Le bonheur subtil du thé chinois Par Anne T.
le 16/11/2009 09:23
Passionnée par la langue, la pensée et la culture chinoise, elle passe 3 ans en Chine et devient formateur intraculturel. Cette polyglotte, autant à l'aise en anglais qu'en chinois mandarin mais aussi en allemand propose ses compétences au sein d' entreprises. Elle accueille également les délégations chinoises en Europe et s'occupe de projets événementiels.
Vous la retrouverez tous les mois dans sa rubrique Encre de Chine, sur notre blog.
Joyeuse et volubile, elle a déjà pour nous plein d'articles en tête et de belles choses à nous raconter.
Pour son premier article, je lui ai demandé de nous parler du thé, qu'elle nous offre généreusement chez elle. Déguster un Oolong chez Sylvie est un moment de grâce !
La saveur de ce thé qu'elle apporte de Chine accompagne les récits de ses séjours là bas.
Son hospitalité est empreinte de partage, tout comme ses écrits qu'elle nous réserve. Le bonheur subtil du thé chinois par Sylvie Connaissez-vous le thé ? Non, je ne parle pas de ces infâmes sachets qui contiennent une poudre de basse qualité ni de ces thés parfumés qui masquent le goût de la plante elle-même. Je parle des feuilles de thé de qualité, entières, qui contiennent en concentré toute la saveur de l’arbrisseau. Les papilles de votre palet vont vibrer aux notes variées d’un arc-en-ciel de goûts, des plus discrètes aux plus sombres, des plus amères aux plus tanniques. Le miracle se produit d’un jardin de thé à un autre et d’une méthode de production à une autre. La Chine est le royaume comme le berceau du thé. Grâce à nos amis anglais, nous connaissons en Occident essentiellement le thé noir en provenance d’Inde et du Sri Lanka (appelé dans ce contexte « Ceylan ») et les thés aromatisés. Or saviez-vous que le thé est originaire de Chine ? Les premiers échanges se firent dès le 1er siècle par la route de la soie reliant la Chine à l’empire romain. Les Japonais n’ont cependant découvert le nectar de leurs voisins qu’au 8e siècle. Le thé se présentait alors sous forme de brique ou galette (plus facile à l’époque pour le transport) et au12e siècle sous forme de poudre (le fameux Matcha) alors en vogue dans l’Empire du Milieu. Cette rencontre fut possible grâce aux échanges avec les moines bouddhistes chinois. Ces derniers faisait en effet grande consommation de ce breuvage pour rester éveillés pendant leurs longues sessions de méditation. Les Tibétains et les Coréens sont aussi parmi les premiers à avoir connu une frénésie pour cette boisson nouvelle. Apportée pour les premiers au 8e siècle dans les malles d’une princesse chinoise mariée à un roi tibétain, elle se serait développée toujours à cette même époque de la brillante dynastie des Tang, au 9e siècle, en Corée. Au milieu du XIXe siècle, c’est au tour de l’Occident de faire cette rencontre. Quelque 20 000 pieds ont été importés secrètement dans la colonie indienne par les Britanniques et plantés sur les contreforts de l’Himalaya. Ce fut un engouement sans précédent. Vous connaissez la suite de l’histoire. Si le thé est d’origine chinoise, son histoire est encore mal connue chez nous. Elle remonte à la nuit des temps et comme toujours dans ce pays lorsqu’on ne sait pas dater les choses, on lui prête une origine mythologique. L’empereur divin Shen Nong aurait en effet introduit cette boisson aux vertus médicinales, toujours soulignées dans la médecine chinoise, pour le bien-être de son peuple. En réalité, la culture de l’arbre à thé remonte à au moins 5 000 ans et couvre ainsi l’intégralité de la civilisation chinoise dont il est indissociable. Après avoir été réservé à des usages médicinaux et consommé comme aliment, il est devenu une boisson appréciée et vantée par les poètes chinois à partir de l’empire de Tang. D’abord réservé aux lettrés et aux moines, il s’est rapidement démocratisé (dès le 11e siècle !) jusqu’à devenir de nos jours la boisson la plus populaire. En Chine moderne, tout le monde dans les bureaux possède sa tasse à thé. Pas un chauffeur de taxi ou de bus ne se promène dans son véhicule sans son récipient de thé, sorte de bocal en verre avec un couvercle en métal, semblable en tous points aux bocaux de nos conserves ! Evidemment, une tasse en porcelaine fine ne serait pas très pratique dans ce genre d’environnement ! Dans les gares ferroviaires et routières de tout le pays, vous trouverez des robinets d’eau bouillante pour remplir votre thermos achetée pour quelques Euros à l’échoppe voisine. Siroter votre boisson préférée tout en regardant le paysage et grignoter des graines de tournesol dont les écosses vont venir joncher le sol vous permettront de mieux supporter les longues heures de voyage qui vous attendent. Ah, le raffinement suprême ! Enfin, tout est une question de perspective, mieux vaut-il votre soda préféré hyper sucré au goût standardisé que vous consommerez dans un univers bien aseptisé ou même un thé en boîte de faible qualité acheté au supermarché et bu dans une jolie tasse ou une boisson des dieux dans le verre en plastique de votre thermos ?
Alfred de Musset avait déjà la réponse : « Peu importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ! ». sylvie@anne-et-vous.com
| Bienvenue dans notre toute dernière rubrique ! Nous vous proposons de partir à la découverte d'un pays continent et de sa culture. Vous voici au cœur même de l'Asie. A tous les amateurs de cet endroit du globe, mais aussi à ceux pour qui cette région reste méconnue, nous proposons de vous faire voyager grâce à la sensibilité de Sylvie. | ![]() |
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Joyeuse et volubile, elle a déjà pour nous plein d'articles en tête et de belles choses à nous raconter.
Pour son premier article, je lui ai demandé de nous parler du thé, qu'elle nous offre généreusement chez elle. Déguster un Oolong chez Sylvie est un moment de grâce !
La saveur de ce thé qu'elle apporte de Chine accompagne les récits de ses séjours là bas.
Son hospitalité est empreinte de partage, tout comme ses écrits qu'elle nous réserve. Le bonheur subtil du thé chinois par Sylvie Connaissez-vous le thé ? Non, je ne parle pas de ces infâmes sachets qui contiennent une poudre de basse qualité ni de ces thés parfumés qui masquent le goût de la plante elle-même. Je parle des feuilles de thé de qualité, entières, qui contiennent en concentré toute la saveur de l’arbrisseau. Les papilles de votre palet vont vibrer aux notes variées d’un arc-en-ciel de goûts, des plus discrètes aux plus sombres, des plus amères aux plus tanniques. Le miracle se produit d’un jardin de thé à un autre et d’une méthode de production à une autre. La Chine est le royaume comme le berceau du thé. Grâce à nos amis anglais, nous connaissons en Occident essentiellement le thé noir en provenance d’Inde et du Sri Lanka (appelé dans ce contexte « Ceylan ») et les thés aromatisés. Or saviez-vous que le thé est originaire de Chine ? Les premiers échanges se firent dès le 1er siècle par la route de la soie reliant la Chine à l’empire romain. Les Japonais n’ont cependant découvert le nectar de leurs voisins qu’au 8e siècle. Le thé se présentait alors sous forme de brique ou galette (plus facile à l’époque pour le transport) et au12e siècle sous forme de poudre (le fameux Matcha) alors en vogue dans l’Empire du Milieu. Cette rencontre fut possible grâce aux échanges avec les moines bouddhistes chinois. Ces derniers faisait en effet grande consommation de ce breuvage pour rester éveillés pendant leurs longues sessions de méditation. Les Tibétains et les Coréens sont aussi parmi les premiers à avoir connu une frénésie pour cette boisson nouvelle. Apportée pour les premiers au 8e siècle dans les malles d’une princesse chinoise mariée à un roi tibétain, elle se serait développée toujours à cette même époque de la brillante dynastie des Tang, au 9e siècle, en Corée. Au milieu du XIXe siècle, c’est au tour de l’Occident de faire cette rencontre. Quelque 20 000 pieds ont été importés secrètement dans la colonie indienne par les Britanniques et plantés sur les contreforts de l’Himalaya. Ce fut un engouement sans précédent. Vous connaissez la suite de l’histoire. Si le thé est d’origine chinoise, son histoire est encore mal connue chez nous. Elle remonte à la nuit des temps et comme toujours dans ce pays lorsqu’on ne sait pas dater les choses, on lui prête une origine mythologique. L’empereur divin Shen Nong aurait en effet introduit cette boisson aux vertus médicinales, toujours soulignées dans la médecine chinoise, pour le bien-être de son peuple. En réalité, la culture de l’arbre à thé remonte à au moins 5 000 ans et couvre ainsi l’intégralité de la civilisation chinoise dont il est indissociable. Après avoir été réservé à des usages médicinaux et consommé comme aliment, il est devenu une boisson appréciée et vantée par les poètes chinois à partir de l’empire de Tang. D’abord réservé aux lettrés et aux moines, il s’est rapidement démocratisé (dès le 11e siècle !) jusqu’à devenir de nos jours la boisson la plus populaire. En Chine moderne, tout le monde dans les bureaux possède sa tasse à thé. Pas un chauffeur de taxi ou de bus ne se promène dans son véhicule sans son récipient de thé, sorte de bocal en verre avec un couvercle en métal, semblable en tous points aux bocaux de nos conserves ! Evidemment, une tasse en porcelaine fine ne serait pas très pratique dans ce genre d’environnement ! Dans les gares ferroviaires et routières de tout le pays, vous trouverez des robinets d’eau bouillante pour remplir votre thermos achetée pour quelques Euros à l’échoppe voisine. Siroter votre boisson préférée tout en regardant le paysage et grignoter des graines de tournesol dont les écosses vont venir joncher le sol vous permettront de mieux supporter les longues heures de voyage qui vous attendent. Ah, le raffinement suprême ! Enfin, tout est une question de perspective, mieux vaut-il votre soda préféré hyper sucré au goût standardisé que vous consommerez dans un univers bien aseptisé ou même un thé en boîte de faible qualité acheté au supermarché et bu dans une jolie tasse ou une boisson des dieux dans le verre en plastique de votre thermos ?
Alfred de Musset avait déjà la réponse : « Peu importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ! ». sylvie@anne-et-vous.com






