<< Retour au Blog
La magie de l'écriture chinoise Par Sylvie T.
le 21/05/2010 13:57
Langue monosyllabique, le chinois est mathématiquement limité en termes de combinaisons de sons (un son = un caractère et aussi théoriquement un mot, même si dans la pratique un mot est généralement composé de deux caractères). Adjoindre des tons permet d’accroître les possibilités. Mais là encore, avec quatre tons, elles sont rapidement saturées. C’est ainsi qu’on peut expliquer la multiplicité des sens associés à un même son et un même ton pour une graphie unique. Si nous revenons au wén cité plus haut, j’ai répertorié dix significations dans un dictionnaire avec notamment : 1/ lignes ou veines ; 2/ idéogrammes ; 3/ écrit ou texte ; 4/ composition littéraire ; 5/ culture ; 6/ élégant, raffiné, civilisé.
Comment se fait-il que « civilisation » et « langue » soient intrinsèquement liés ? Inventée sous la dynastie des Shang (1600-1050 avant JC), la graphie chinoise est née est de la nécessité de mettre par écrit les résultats des interrogations que les souverains de l’Antiquité adressaient à leurs ancêtres défunts avant de prendre une décision importante. Les premiers caractères, très imagés, ressemblaient généralement aux choses décrites comme on peut le constater par exemple pour les mots cheval, montagne ou eau. C’étaient des pictogrammes devenus ensuite des idéogrammes.
Les oracles provoquaient, par l’application d’un tison en un point sur les os des animaux sacrifiés, des craquelures qui représentaient à la fois la réponse à la question posée et un modèle pour l’écriture. Pourquoi donc un modèle pour l’écriture ? Ces lignes apparues étaient en effet similaires aux veines de la terre pour les praticiens du fengshui ou aux méridiens du corps pour les adeptes de l’acupuncture. Toutes les disciplines sont dépendantes les unes des autres dans la pensée traditionnelle chinoise. Langue et culture étaient ainsi liées dès l’origine.
La richesse de la langue chinoise aux multiples possibilités de sens permet des lectures à plusieurs niveaux et en conséquence aussi un raffinement intellectuel. L’être civilisé chinois, à l’opposé de notre vision occidentale (civilisation vient de polis, la cité, en grec), était être capable de lire les tracés de l’univers. Le lettré chinois apparu bien plus tardivement est l’exemple même de l’homme civilisé. Son élégance culturelle le pousse à lire et composer poèmes et peintures. L’art du pinceau occupe le centre de son existence. Langue et culture ont continué de s’enrichir mutuellement dans l’Empire du Milieu.
Au-delà des profondes racines identitaires, l’écriture chinoise permet de donner à voir le monde. Pas étonnant que les 50 millions de Chinois de la diaspora soient tellement attachés à leur langue écrite, laquelle soit dit en passant résiste sans effort aux assauts d’Internet et de l’informatique. De nos jours, nombre d’Occidentaux pour parler rapidement le chinois et limiter leurs efforts se refusent à apprendre l’écriture. Maintenant vous comprenez pourquoi je pense que c’est une aberration. Seul un barbare, un être non civilisé au sens chinois, peut commettre une telle erreur !
sylvie@anne-et-vous.com
| Savez-vous que langue et culture ne font qu’un en Chine ? Cette phrase, d’apparence banale, recèle en fait le véritable fond de civilisation… du quart de l’humanité ! Alors que je me passionne pour la langue chinoise depuis de nombreuses années, il ne m’est apparu que très récemment le fait que « civilisation » et « langue » ou wén (prononcer ou-èèè-ne) sont dans nos langues occidentales les deux versions d’un même concept en chinois. | ![]() |
|---|
