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L'univers olfactif d'Aurélie Par
Anne T.
le 19/01/2009 13:09
L’odorat est un sens muet….
Décrivez une odeur à quelqu’un qui ne l’a jamais sentie : l’odeur d’un matin  frais à la campagne, ou bien celle unique du maquis corse !
Cette difficulté à exprimer notre ressenti  invite à nous surpasser dans le  plaisir d’en  rechercher la définition.
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L’odeur nous accompagne depuis  la naissance et peut nous envoyer à une vitesse fulgurante dans l’espace temps. Un parfum longtemps oublié, réapparait subitement et nous projette dans nos plus profonds souvenirs.
C’est peut être un peu pour ça qu’Aurélie a choisi d’évoluer dans cet univers. Cinquième sens est un lieu ou l’on peut se perdre plusieurs jours, pour y suivre des formations olfactives uniquement pour le plaisir ou bien pour enrichir un cursus.  
Rencontre avec Aurélie et son univers….

Comment as-tu su que tu possédais une sensibilité olfactive?
En fait, il s’agit plus d’une passion pour le sujet qu’une véritable sensibilité : il suffit de prendre conscience que nous sommes entourés d’odeurs et savoir jouir de cet immense bonheur que peut procurer ce sens. En effet, quelle merveille de découvrir la délicatesse d’un mimosa, la richesse d’une épice ou encore le mystère d’un bois ambré… C’est autant une source de plaisirs que parfois de surprises : il arrive de tomber sur une odeur inconnue et que l’on a du mal à décrire !...
Après ce premier pré-requis qui est la curiosité, le nez se travaille : plus on sent, mieux on sent…

Peux-tu nous décrire ton parcours ?
Il m’a toujours paru évident que je travaillerais dans l’olfaction : toute petite, je passais mon temps à tout sentir, à suivre les gens dans la rue pour reconnaître leur parfum.
Par la suite, je me suis mis des freins car étant allergique et je pensais que ce serait difficile de devenir parfumeur… Et puis, je souhaitais avoir une formation généraliste : une école de commerce qui me permettrait d’avoir une vision plus marketing de ce secteur… Et l’olfaction m’a rattrapée : le contact avec les matières premières me manquait trop. J’ai eu la chance de rencontrer Monique Schlienger à qui j’ai proposé un échange de compétences : elle me formait à la création, je développais le chiffre de la société.

Es-tu tentée de lire tout ce qui est publié sur les parfums ?
Oui, d’autant plus qu’il y a vraiment pléthore dans ce domaine !… Mais il y a peu de critiques de parfums à proprement parler. On les trouve essentiellement sur internet. Certains parfumeurs militent pour qu’il y en ait plus : cela permettrait de reconnaître la création de parfums comme un art à part entière ; et cela rééquilibrerait aussi le rapport de force entre parfumeur et le marketing des marques qui peut parfois brider la créativité pour aller chercher du consensuel…

Quel est ton plus ancien souvenir olfactif ?
L’odeur du gâteau à l’orange, définitivement associée à mes vacances dans la maison de mes grands parents dans le sud ouest. Une recette de ma grand-mère transmise à sa fille, et sa petite fille ! Son secret : imbiber le gâteau cuit d’un jus d’oranges fraîchement pressées. Je me revois petite en train d’attendre que ma grand mère ait fini pour manger la pulpe d’orange restée sur le robot…Pour moi l’odeur de ce gâteau qui cuit avec l’odeur de jus d’orange est associée au vacances, au soleil qui commence à taper dès 9h du matin sur les rosiers en fleurs…

… Et concernant une personne ?
Ma mère était hôtesse chez Air France, elle porte Jicky de Guerlain. Je la revois s’asperger littéralement de ce parfum pour se « donner un coup de fraîcheur», et se débarrasser du décalage horaire ! Ce parfum est à jamais associé au voyage, à l’uniforme bleu et rouge et à l’ambiance électrique d’un aéroport.

Quels sont les meilleurs sites internet sur les parfums ?
De très nombreux blogs et sites ont fleuri ces dernières années, parmi ceux que je consulte régulièrement :
Now Smell This - Poivre Bleu – Sniffapallooza - Bois de Jasmin - Auparfum
1000 fragrances – Le critique de parfum – Elisabeth de Feydeau’s News – ozmoz – Grain de musc etc …

Pour ceux qui souhaitent obtenir quelques connaissances techniques , quels livres nous conseilles-tu ?
Que Sais-je sur le parfum, dernière version écrite par Jean-Claude Ellena qui a la grande générosité de fournir en toute simplicité le nom de ses matières fétiches : quand on a du talent, il n’y a rien à cacher…J’aime cette approche peu commune dans le secteur.
L’homme qui entendait les parfums, de Chandler Burr sur les travaux de Lucas Turin : pour avoir une autre approche de la théorie de l’olfaction, plutôt provocante…
La Petite Géométrie des parfums de Brigitte Proust : pour aborder le parfum par la chimie, elle arrive à nous passionner avec des atomes !

Quels sont les petits termes pro qu'il faut connaitre ?
Chaque secteur a son petit jargon et le notre est parfois assez joli. On évite tous les mots un peu communs (nous sommes dans le luxe tout de même), ainsi, on parle de flacon et non pas de bouteille, de touches et non pas de mouillettes, de créateur ou compositeur de parfum (= Nez), de notes, accord ou parfum pour ne pas dire « jus ».
D’autres termes plus techniques : la rémanence, lorsqu’un parfum tient, a du sillage.

Peux-tu nous décrire ton rôle chez Cinquième Sens ?
C’est un métier très généraliste : on travaille sur 4 activités qui se complètent : création, formation, conseil technique et animation, et nous sommes toutes amenées à être polyvalentes sur ces 4 activités, petite société oblige…
Je suis en charge du marketing et des développements commerciaux :  de la recherche de potentiels de croissance à l’étude des tendances, en passant par le consulting auprès des marques.

J'ai appris l'ouverture d'un Cinquième Sens à New-York...
Effectivement, nous venons d’y ouvrir un centre de formation. Notre partenaire assure pour le moment l’Initiation à la technique du Parfum, et les modules de découverte pour le grand public. Le reste du programme suivra bientôt ! J’ai eu l’occasion d’y aller en novembre, c’est passionnant de voir les différences culturelles à travers la perception des odeurs : nous n’avons pas toujours les mêmes références et les mêmes associations entre odeurs et souvenirs…

Ta sensibilité olfactive t'emmène-t-elle vers d'autres domaines que la parfumerie telle que la cuisine par exemple ?
J’ADORE la cuisine ! En particulier la cuisine du monde. Je peux passer des heures à lire des recettes, les compiler, les comparer pour au final les customiser et en faire ma propre recette en jouant sur les épices et les herbes.

Aimerais-tu travailler avec un chef pour l'élaboration d'une carte de saveurs ?
Dans le cadre professionnel, j’ai déjà eu l’occasion de travailler avec des traiteurs pour réaliser des associations goût / odeurs ou des sommeliers pour faire découvrir les arômes d’un vin séparément lors d’une dégustation. C’est une expérience unique et très ludique que l’on propose dans nos animations.

Quelles sont les tendances actuelles et pourquoi autant de marques de niche ?
Le parfum n’est plus considéré comme un produit de luxe, les marques cherchent à tout prix une façon de revaloriser ce produit et lancent des collections plus « haut de gamme », souvent vendues plus exclusivement en boutique. D’un autre côté, le consommateur est confronté à de plus en plus de nouveautés (plus de 400 lancements par an !), il est difficile de trouver un parfum qui sort du lot ! Devant cette masse de proposition, certains consommateurs apprécient un conseil plus avisé, une relation plus intime et parfois aussi des parfums plus « parti pris » ! …
Cette année, on peut noter la tendance « Bling Bling » dans la parfumerie : par le concept (One Million, Diamonds, ou même Gucci by Gucci), ou par des codes couleurs (doré, argentés, brillants), reflet de notre société qui lutte contre la crise ! …
A noter aussi, l’humour qui devient un registre de communication nouveau et risqué pour le parfum (Ma Dame, Guerlain Homme ou depuis plus longtemps la marque Etat Libre d’Orange).
Enfin des matières à la mode en 2008 : les notes aromatiques et en particulier la menthe : (Roadster/Guerlain Homme) ; le gingembre (Dior Homme Sport/ Allure Edition Blanche/Five O’Clock au gingembre), et l’iris qui continue son chemin depuis maintenant 4 ans (Infusion d’Homme, Kenzo Power, John Galliano)

Les grands noms de la parfumerie selon toi ?
Je ne préfère pas y répondre car ce sont mes clients !!! ;-)

Dernier coup de foudre olfactif (pas spécialement une eau de toilette) ?
Une odeur que l’on m’a déjà demandée en brief et qui est très difficile à rendre : l’odeur du sable chaud : une odeur que j’ai pu ressentir encore récemment au Brésil et se révèle tout en contrastes car le sable entraîne avec lui différentes odeurs plus ou moins agréables : une note sensuelle et animale de fourrure, d’éléments en décomposition, de fruits pourris, un fond sec et poudré, minéral et une note salée et ozonique qui peut se teinter d’iode, d’eau des huîtres qui permet d’alléger le reste. C’est cette contradiction entre sensualité et fraîcheur qui nous prend au nez.

Autres petits bonheurs olfactifs du quotidien ?
Respirer la nuque d’un bébé endormi ! Ok à première vue, cela ne paraît pas très attractif, mais faites l’expérience de cet accord parfait :
Muscs blancs (Shampoing pour bébé) + Notes Miellées (Cérumen) + Odeur de biscotte (Bébé qui a eu chaud) … un vrai bonheur au petit déjeuner !…
Autre petit bonheur : l’odeur animale et poudrée de la fourrure d’un chat (costus, poussière, iris, cheveux) si rassurante combinée au ronron…

En savoir plus : www.cinquiemesens.com

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